Art Danse, un nouveau cap!
Par Solène Navéos, mercredi 11 juin 2008 à 17:49 :: Vie artistique :: #23 :: rss
Depuis janvier dernier, Jérôme Franc a pris la direction d’Art Danse CDC Dijon Bourgogne. Nous vous proposons de découvrir le nouveau projet de ce directeur, qui a accepté de répondre, non parfois sans humour et avec un vrai engagement, à nos questions.
Gambettes : Quelles sont les motivations qui vous ont conduit à prendre la direction d’Art Danse CDC Dijon Bourgogne ?
Jérôme Franc : Je connaissais l’action d’Art Danse depuis longtemps et j’ai suivi les différentes programmations de Marie-Jo (Gros) tout au long de ces années. J’ai eu également l’occasion d’être invité du festival, comme acteur, au sein d’une compagnie de danse... Je peux y voir une certaine similitude avec ce que j’ai expérimenté en Ile-de-France, à savoir un fonctionnement en nomade. Il existe une sorte de fil conducteur entre mon parcours et cette nomination à Art Danse. J’ai choisi d’intégrer cette structure car il reste encore « un grand bout de chemin » à parcourir… La région est dans une situation de développement chorégraphique et le CDC (Centre de Développement Chorégraphique) peut représenter un axe fort pour les institutions partenaires. Je dis souvent que je suis un « promoteur » de la danse ; j’ai œuvré aussi bien dans un théâtre « fixe » que dans une structure itinérante, et c’est à partir de ce parcours mixte que je me place pour analyser et apprécier les partenariats possibles.
Par rapport aux conditions de travail, je tenais à dire qu’en dehors de la vétusté des locaux partagés (j’en profite pour lancer un appel : Art Danse est en recherche de locaux pour ses bureaux !), la rencontre avec l’équipe, certes réduite, a été un vrai bonheur ; j’ai pu voir des visages radieux face à la présentation du projet ! C’est réconfortant dans ce froid hivernal !...
G. : Pouvez-vous nous présenter les grands axes du projet que vous défendez ?
J. F. : Le Conseil d’Administration et les partenaires ont travaillé sur un cahier des charges pour les années à venir définissant trois grandes missions :
- la création d’une saison artistique à Dijon
- la diffusion de la danse en région
- l’accueil en résidence de compagnies
avec bien sûr un travail d’accompagnement de terrain en résonnance avec ces trois missions.
Un temps fort sur Dijon
Je propose un temps fort, qui accueillera des artistes nationaux pendant 4 ou 5 jours fin janvier 2009. L’année suivante, ce seront des artistes internationaux. La saison artistique pourra s’appuyer sur cette programmation. A Dijon il existe une structure culturelle forte, le duo dijon, qui accueille des spectacles chorégraphiques de façon régulière, le CDN qui marque une réelle volonté « d’entrer dans la danse ». En dehors de ces deux lieux, je ne vois pas, mis à part peut-être l’atheneum parfois, de structures en capacité d’inviter la danse à se produire sur leurs scènes, il n’y a pas de programmation regulière. J’ai déjà eu l’occasion de discuter avec l’ensemble des partenaires dijonnais, et j’ai reçu des avis favorables pour envisager des collaborations… il existe une volonté affichée, mais y-a-t-il les capacités pour accueillir de la danse au-delà de ce temps fort ?
La diffusion régionale
Je connaissais déjà la plupart des programmateurs de cette région. Dans ce que l’on considère être les « grandes scènes », la programmation moyenne de 4 à 5 spectacles par saison (mis à part l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône du fait d’ « Instances ») me semble encore trop insuffisante. L’idée est de s’appuyer sur ces lieux, à partir du temps fort, pour proposer des séries aux artistes, leur permettant de rester plus longtemps sur le territoire bourguignon ou frontalier… Et puis, un axe très important concerne le second cercle, c’est-à -dire les lieux intermédiaires, comme le Théâtre Municipal de Beaune, pouvant accueillir de la danse. Je n’ai pas encore rencontré les différents acteurs de ce 2e cercle, mais nous sommes en train d’organiser, avec les chargées de mission danse, des rencontres dans chaque département. Je ne sais pas encore quelles seront les modalités de soutien vis-à -vis de ces lieux, l’idée étant pour moi de trouver des réponses à la question : comment développer la danse avec de faibles moyens ?
La résidence d’artiste
J’ai choisi d’aborder cette question non pas au pluriel, mais de proposer un seul artiste pour une résidence longue, à savoir trois ans au moins, et « plus si affinités »…
Il s’agira de Daniel Dobbels avec sa compagnie « Delentredeux », accompagné de Brigitte Asselineau (nous vous proposons de les présenter à l’occasion d’un prochain numéro de Gambettes). Différentes personnes ou artistes « satellites » ou dans la même mouvance pourront intervenir autour de leur présence. Je compte beaucoup sur la compagnie pour conforter notre appellation « Centre de Développement Chorégraphique ».
G. : Quelles sont vos premières impressions après quelques semaines en Bourgogne ?
Il y fait froid !… (rires).
Je m’attendais à trouver dans cette région une espèce d’inertie. J’y vois en fait une grande attente, sous-tendue d’une réelle volonté, mais pour l’instant aucun moyen ne semble mis en œuvre pour faire accélérer le mouvement. J’avais connaissance des conditions, du maigre budget, lors de ma candidature. Si la Ville, la Région, l’Etat, le Département et tous les partenaires souhaitent donner une place réelle à l’art chorégraphique, il faut qu’ils se déclarent. Il n’est pas possible d’envisager un cahier des charges précis sans se doter des moyens pour le mettre en œuvre. Aujourd’hui en Bourgogne, la danse n’est pas reconnue à sa juste valeur, n’a pas les moyens d’installer une structure en capacité de répondre au public… car il y a un public dans les salles !
Face à ces questions :
- Est-ce que la danse doit toujours être « l’invitée » des théâtres ? Et ne pourrait-elle pas se retrouver « puissance invitante » des autres disciplines artistiques ?
- Est-ce que la danse doit toujours être nomade ?
- La danse peut-elle se fabriquer n’importe où ?
Je n’ai pas de réponse toute faite, mais je voudrais entendre un positionnement clair des partenaires. La danse est le parent pauvre ; il n’y a pas de CCN, pas un théâtre qui accueille réellement la danse, à part le duo/dijon pour les grandes formes… Depuis les années 80, je me bats pour la danse, pour cet art qui traverse les disciplines, pour ces danseurs / chorégraphes qui sont les propres auteurs de leurs productions. Il faudrait pour la danse à Dijon, un plateau, avec une jauge moyenne, pour des formes intermédiaires à celles présentées à l’Auditorium. Soit les partenaires ouvrent leur théâtre à la danse, soit il faut envisager un lieu dédié à partir duquel la danse pourra rayonner. A savoir si Dijon souhaite en devenir la capitale régionale... La mise en place d’Art Danse et de son nouveau projet passe par un positionnement face à ces interrogations.
Jérôme Franc : Je connaissais l’action d’Art Danse depuis longtemps et j’ai suivi les différentes programmations de Marie-Jo (Gros) tout au long de ces années. J’ai eu également l’occasion d’être invité du festival, comme acteur, au sein d’une compagnie de danse... Je peux y voir une certaine similitude avec ce que j’ai expérimenté en Ile-de-France, à savoir un fonctionnement en nomade. Il existe une sorte de fil conducteur entre mon parcours et cette nomination à Art Danse. J’ai choisi d’intégrer cette structure car il reste encore « un grand bout de chemin » à parcourir… La région est dans une situation de développement chorégraphique et le CDC (Centre de Développement Chorégraphique) peut représenter un axe fort pour les institutions partenaires. Je dis souvent que je suis un « promoteur » de la danse ; j’ai œuvré aussi bien dans un théâtre « fixe » que dans une structure itinérante, et c’est à partir de ce parcours mixte que je me place pour analyser et apprécier les partenariats possibles.
Par rapport aux conditions de travail, je tenais à dire qu’en dehors de la vétusté des locaux partagés (j’en profite pour lancer un appel : Art Danse est en recherche de locaux pour ses bureaux !), la rencontre avec l’équipe, certes réduite, a été un vrai bonheur ; j’ai pu voir des visages radieux face à la présentation du projet ! C’est réconfortant dans ce froid hivernal !...
G. : Pouvez-vous nous présenter les grands axes du projet que vous défendez ?
J. F. : Le Conseil d’Administration et les partenaires ont travaillé sur un cahier des charges pour les années à venir définissant trois grandes missions :
- la création d’une saison artistique à Dijon
- la diffusion de la danse en région
- l’accueil en résidence de compagnies
avec bien sûr un travail d’accompagnement de terrain en résonnance avec ces trois missions.
Un temps fort sur Dijon
Je propose un temps fort, qui accueillera des artistes nationaux pendant 4 ou 5 jours fin janvier 2009. L’année suivante, ce seront des artistes internationaux. La saison artistique pourra s’appuyer sur cette programmation. A Dijon il existe une structure culturelle forte, le duo dijon, qui accueille des spectacles chorégraphiques de façon régulière, le CDN qui marque une réelle volonté « d’entrer dans la danse ». En dehors de ces deux lieux, je ne vois pas, mis à part peut-être l’atheneum parfois, de structures en capacité d’inviter la danse à se produire sur leurs scènes, il n’y a pas de programmation regulière. J’ai déjà eu l’occasion de discuter avec l’ensemble des partenaires dijonnais, et j’ai reçu des avis favorables pour envisager des collaborations… il existe une volonté affichée, mais y-a-t-il les capacités pour accueillir de la danse au-delà de ce temps fort ?
La diffusion régionale
Je connaissais déjà la plupart des programmateurs de cette région. Dans ce que l’on considère être les « grandes scènes », la programmation moyenne de 4 à 5 spectacles par saison (mis à part l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône du fait d’ « Instances ») me semble encore trop insuffisante. L’idée est de s’appuyer sur ces lieux, à partir du temps fort, pour proposer des séries aux artistes, leur permettant de rester plus longtemps sur le territoire bourguignon ou frontalier… Et puis, un axe très important concerne le second cercle, c’est-à -dire les lieux intermédiaires, comme le Théâtre Municipal de Beaune, pouvant accueillir de la danse. Je n’ai pas encore rencontré les différents acteurs de ce 2e cercle, mais nous sommes en train d’organiser, avec les chargées de mission danse, des rencontres dans chaque département. Je ne sais pas encore quelles seront les modalités de soutien vis-à -vis de ces lieux, l’idée étant pour moi de trouver des réponses à la question : comment développer la danse avec de faibles moyens ?
La résidence d’artiste
J’ai choisi d’aborder cette question non pas au pluriel, mais de proposer un seul artiste pour une résidence longue, à savoir trois ans au moins, et « plus si affinités »…
Il s’agira de Daniel Dobbels avec sa compagnie « Delentredeux », accompagné de Brigitte Asselineau (nous vous proposons de les présenter à l’occasion d’un prochain numéro de Gambettes). Différentes personnes ou artistes « satellites » ou dans la même mouvance pourront intervenir autour de leur présence. Je compte beaucoup sur la compagnie pour conforter notre appellation « Centre de Développement Chorégraphique ».
G. : Quelles sont vos premières impressions après quelques semaines en Bourgogne ?
Il y fait froid !… (rires).
Je m’attendais à trouver dans cette région une espèce d’inertie. J’y vois en fait une grande attente, sous-tendue d’une réelle volonté, mais pour l’instant aucun moyen ne semble mis en œuvre pour faire accélérer le mouvement. J’avais connaissance des conditions, du maigre budget, lors de ma candidature. Si la Ville, la Région, l’Etat, le Département et tous les partenaires souhaitent donner une place réelle à l’art chorégraphique, il faut qu’ils se déclarent. Il n’est pas possible d’envisager un cahier des charges précis sans se doter des moyens pour le mettre en œuvre. Aujourd’hui en Bourgogne, la danse n’est pas reconnue à sa juste valeur, n’a pas les moyens d’installer une structure en capacité de répondre au public… car il y a un public dans les salles !
Face à ces questions :
- Est-ce que la danse doit toujours être « l’invitée » des théâtres ? Et ne pourrait-elle pas se retrouver « puissance invitante » des autres disciplines artistiques ?
- Est-ce que la danse doit toujours être nomade ?
- La danse peut-elle se fabriquer n’importe où ?
Je n’ai pas de réponse toute faite, mais je voudrais entendre un positionnement clair des partenaires. La danse est le parent pauvre ; il n’y a pas de CCN, pas un théâtre qui accueille réellement la danse, à part le duo/dijon pour les grandes formes… Depuis les années 80, je me bats pour la danse, pour cet art qui traverse les disciplines, pour ces danseurs / chorégraphes qui sont les propres auteurs de leurs productions. Il faudrait pour la danse à Dijon, un plateau, avec une jauge moyenne, pour des formes intermédiaires à celles présentées à l’Auditorium. Soit les partenaires ouvrent leur théâtre à la danse, soit il faut envisager un lieu dédié à partir duquel la danse pourra rayonner. A savoir si Dijon souhaite en devenir la capitale régionale... La mise en place d’Art Danse et de son nouveau projet passe par un positionnement face à ces interrogations.
Commentaires
1. Le mardi 8 juillet 2008 à 16:05, par Philippe Bucquet - Espace des Arts
2. Le mardi 8 juillet 2008 à 16:12, par Nathalie Mondé
3. Le mardi 8 juillet 2008 à 16:13, par Philippe Cheloudiakoff
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